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LA RÉSISTANCE AUX HERBICIDES

Définitions

Tolérance

Une mauvaise herbe tolère un herbicide lorsqu’elle réussit à survivre ou à se reproduire à la suite d’un traitement. Pourquoi? Tout simplement parce que les herbicides offerts sur le marché ne sont pas nécessairement efficaces contre toutes les mauvaises herbes. C’est comme les traitements aux antibiotiques, un traitement particulier n’est efficace que contre certaines bactéries.

Résistance

La résistance aux herbicides est la capacité d’une plante à survivre à un traitement sous des conditions normales d’utilisation, pourtant conçu pour l’éliminer.

Deux mécanismes possibles expliquent le développement de la résistance au sein des populations de mauvaises herbes :

Mutation génétique

L’application d’herbicide provoquerait une mutation génétique. Cette mutation causerait la résistance à la plante. Or, très peu de preuves peuvent corroborer cette théorie pour le moment.

Sélection naturelle

À l’intérieur d’une population de mauvaises herbes, certaines possèdent déjà la capacité de survivre à l’herbicide. Elles sont donc résistantes. Les autres sont dites sensibles. Lorsque le producteur agricole applique l’herbicide, les mauvaises herbes résistantes survivent, se multiplient et développent ainsi une population résistante. Cette population nuit à l’efficacité de l’herbicide et oblige le producteur à choisir un autre herbicide. Ce mécanisme est le plus plausible.

En résumé, le développement de la résistance chez une mauvaise herbe résulte de l’usage répété, année après année, du même herbicide ou d’herbicides ayant le même mode d’action. La résistance persiste ainsi au fil des saisons.

ORGANISMES GÉNÉTIQUEMENT MODIFIÉS (OGM) TOLÉRANTS AUX HERBICIDES

On développe les cultures tolérantes aux herbicides pour leur conférer la capacité de survivre à un traitement d’herbicide spécifique. Présentement nous retrouvons des cultures tolérantes au glyphosate et au gluflosinate-ammonium. Au Québec, il s’agit du soya, du maïs et du canola. Les cultures tolérantes au glyphosate sont de loin les plus ensemencées à travers le monde (90 %) (1). L’utilisation, de plus en plus grande, des cultures tolérantes aux herbicides engendre une utilisation accrue de ces deux herbicides. Une pression supplémentaire s’exerce donc sur le risque de développement de mauvaises herbes résistantes dans les champs où sont présentes de plus en plus de cultures génétiquement modifiées.

Le glufosinate-ammonium

Le glufosinate-ammonium est un herbicide non sélectif utilisé pour lutter contre plusieurs mauvaises herbes annuelles et bisannuelles. Il s’applique aussi dans différentes cultures en fin de croissance pour en faciliter les récoltes. Aucun cas de mauvaises herbes résistantes au glufosinate ammonium n’a encore été signalé mondialement.

Le glyphosate

Le glyphosate est un herbicide à très large spectre. Il a été introduit sur le marché en 1974.

Dans son bilan des ventes 2008, publié en mars 2011, le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP) rapporte que le glyphosate est de loin l’herbicide le plus vendu au Québec avec 35,6 % des ventes totales de pesticides (2).

À l’échelle mondiale, les producteurs agricoles l’appliquent dans les champs de diverses cultures résistantes au glyphosate : canola, soya, maïs, coton, betterave et papaye. Il s’utilise également pour le désherbage de plusieurs autres cultures. Il est l’herbicide le plus utilisé au monde depuis l’avènement des plantes OGM (1). L’accroissement des pratiques de conservation des sols (travail minimum, semis-direct) a aussi contribué à modifier l’usage des herbicides. La présence des mauvaises herbes vivaces plus difficiles à détruire fait du glyphosate un allié de taille.

LES MAUVAISES HERBES RÉSISTANTES

Groupe herbicide Espèce
2 Amarante de Powell
Amarante à racine rouge
Chénopode blanc
Herbe à poux
Morelle noire de l’est
5
Amarante à racine rouge
Chénopode blanc
Herbe à poux
Moutarde des champs
Moutarde des oiseaux
Séneçon vulgaire
7
Amarante à racine rouge
Herbe à poux
Séneçon vulgaire

À l’été 2009, le premier cas de résistance au glyphosate est observé en Ontario. Puis, au début de 2010, après de nombreux tests et vérifications, on confirme la présence de la grande herbe à poux résistante au glyphosate.

« La vergerette du Canada est la deuxième mauvaise herbe à afficher une résistance au glyphosate au Canada.. »… » Les spécimens résistants ont été trouvés à partir de graines collectées dans des champs de soya du comté d’Essex à l’automne 2010. Le problème pourrait s’étendre, puisque les graines de la vergerette du Canada se dispersent avec le vent » (3).

À l’échelle mondiale, on compte maintenant 21 espèces répertoriées comme résistantes au glyphosate (4).

Il est toutefois important de souligner qu’au Québec, aucune mauvaise herbe résistante au glyphosate n’a encore été signalée. Cependant, de nouveaux cas de mauvaises herbes résistantes à d’autres herbicides sont en attente de vérification.

Le développement de la résistance repose essentiellement sur la gestion et la planification de la lutte aux mauvaises herbes. Compte tenu de l’utilisation accrue et répétée du glyphosate, le risque est d’autant plus important. Cette situation pourrait contribuer au développement plus rapide de mauvaises herbes résistantes au glyphosate

Le cas du canola

Les variétés de canola tolérantes aux herbicides présentent deux risques potentiels à la présence ou au développement de plantes résistantes :

Transport du pollen (flux de pollen)

Les plantes transgéniques peuvent produire une descendance tolérante aux herbicides en se croisant entre elles ou en se reproduisant avec des espèces apparentées (moutarde sp). Par exemple, un plant de canola, qui disperse facilement son pollen sur de longues distances et qui est tolérant au glyphosate, peut se croiser avec un plant tolérant au glufosinate-ammonium. Un hybride issu de ce croisement est à la fois tolérant au glyphosate et au glufosinate-ammonium

Aujourd’hui, plusieurs espèces végétales obtenues artificiellement, dont certains cultivars de canola, résultent d’une hybridation. Les risques de dissémination du pollen à d’autres espèces apparentées demeurent tout de même présents. Tout dépend de la technique d’hybridation utilisée.

Les volontaires ou spontanées

Les graines de canola, tombées lors de la récolte, peuvent germer jusqu’à cinq ans après celle-ci. C’est un problème puisque ces repousses, communément appelées volontaires ou spontanées, sont tolérantes aux herbicides pour lesquels elles ont été développées. La gestion et la répression de ces repousses peuvent devenir complexes. Elles sont parfois très abondantes ou plus difficiles à élimer selon la culture dans laquelle elles se trouvent.

Références