Impacts sur l'environnement

Depuis les débuts de l’agriculture, les civilisations tentent d'obtenir de nouvelles lignées de végétaux plus résistants aux caprices du climat, aux insectes, aux maladies et aux herbicides. La recette traditionnelle : sélectionner les plants les plus résistants naturellement et les amener à se reproduire entre eux pour créer une descendance de végétaux plus forts. Ces méthodes de sélection artificielle et de croisement exigent cependant de la patience. Aujourd’hui, par la transgénèse ou transfert de gènes, il est possible d'obtenir plus rapidement, par exemple des plantes résistantes aux insectes ou tolérantes aux herbicides. Mais ces organismes génétiquement modifiés (OGM) ne laissent personne indifférent car ils pourraient avoir des bénéfices autant que des risques potentiels sur l’environnement 1 2 3 4 5 6.

Risques potentiels pour l'environnement

Des études scientifiques 1 2 3 4 5 rapportent des risques potentiels pour l’environnement :

  • toxicité pour les insectes
  • insectes résistants
  • mauvaises herbes tolérantes
  • dispersion de gènes

Puisque les conditions environnementales (ex. : insectes, climat, etc.) dans lesquelles les études effectuées à ce jour et citées dans la présente section ne sont pas nécessairement les mêmes qu’au Québec, il pourrait s’avérer que les conclusions d’études éventuellement réalisées ici soient différentes.

C’est pour cette raison qu’une étude subventionnée par le ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs s’est penchée sur les impacts environnementaux des OGM sur le territoire québécois 7.

L’équipe de chercheurs québécois a étudié les effets environnementaux des OGM dans des champs situés près de Québec (2003-2004) et de Saint-Hyacinthe (2004). Voici les principaux résultats concernant les cultures (maïs et soja) tolérantes aux herbicides.

Cultures tolérantes aux herbicides (maïs et soja) 8

Les rendements des cultures tolérantes ont été similaires à ceux des cultures traditionnelles. De plus, il y avait sensiblement la même quantité de mauvaises herbes dans les champs de cultures tolérantes que dans les champs de cultures traditionnelles. Bref, à première vue, il ne semble pas y avoir de différence. Mais qu’en est-il vraiment? Y a-t-il des effets indirects ou à long terme?

Quotient d’impact environnemental (QIE)

Le QIE quantifie l’effet d’un herbicide sur différents éléments de l’environnement, permettant ainsi de comparer diverses stratégies de désherbage 9. Il est calculé à partir de données sur la toxicité de l’herbicide (par exemple son effet sur les insectes) et sur le comportement de celui-ci dans le milieu (par exemple le temps nécessaire à sa dégradation).

Plus le QIE d’un herbicide est élevé, plus ce dernier a un effet négatif sur l’environnement.

Le calcul du QIE pour les différentes stratégies de désherbage de l’étude québécoise a démontré que les stratégies à base de glyphosate ou de glufosinate ont un effet moins marqué sur l’environnement que celles basées sur les herbicides généralement utilisés avec les cultures traditionnelles. Par contre, cet avantage est perdu lorsqu’un deuxième herbicide est ajouté au glyphosate ou au glufosinate (voir tableau ci-dessous). Pourquoi cet ajout? Parce que ces herbicides se dégradent rapidement, certains producteurs agricoles leur additionnent un second herbicide dit « résiduel » afin de mieux contrôler la repousse des mauvaises herbes.

Quotient d’impact environnemental pour les différentes stratégies de désherbage

Stratégie Herbicide QIE
Traditionnelle Marksman 36,5
Primextra 48,4
OGM Liberty (glufosinate) 11,3
RoundUp (glyphosate) 13,8
OGM + herbicide résiduel Liberty + Marksman 47,8
Liberty + Primextra 59,7
RoundUp + Marksman 50,2
RoundUp + Primextra 62,2

Adapté de Leroux et al. (2005)8

Cultures résistantes aux insectes (maïs)10

En 2003, les rendements en grains des maïs traditionnels et Bt se sont avérés similaires. Tandis qu’en 2004 les rendements étaient similaires dans les champs expérimentaux situés près de Saint-Hyacinthe, dans les champs de la région de Québec, les rendements des maïs Bt étaient de 10 % à 15 % supérieurs à ceux des maïs ordinaires. Cet écart était probablement causé par un plus grand nombre de pyrales dans la région de Québec.

Indice de biodiversité au champ

L’indice de biodiversité au champ tient compte du nombre d’espèces d’insectes présents et de leur population. Il est demeuré constant dans tous les champs de maïs Bt à l’étude. Cela signifie que les différents maïs Bt étudiés ne semblent pas avoir d’effet sur les populations d’insectes non ciblés, notamment les pucerons et les coccinelles.

Des essais complémentaires ont été réalisés en serre, afin de préciser l’effet des maïs Bt sur les pucerons. Pourquoi les pucerons? Parce qu’il s’agit d’insectes rencontrés fréquemment dans les champs de maïs au Québec. À nouveau, les maïs Bt étudiés ne semblaient pas avoir d’effets sur les pucerons. Ce qui confirmait les résultats obtenus en champs.

Conclusion

Sous les conditions locales, l’étude québécoise démontre que les herbicides associés aux cultures tolérantes semblent être performants et, si employés seuls, moins nocifs pour l’environnement que ceux associés aux cultures traditionnelles. Toutefois, cet avantage est perdu si on leur ajoute un herbicide résiduel. Par ailleurs, les maïs Bt n’ont pas eu d’effets significatifs sur les insectes non ciblés.

Deux programmes de recherche suisse sur l’impact environnemental global des plantes GM

Afin d’obtenir des données scientifiques supplémentaires sur les impacts des OGM, l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) a lancé en 2003 un programme de recherche nommé «La biosécurité dans le génie génétique appliqué au domaine non humain». Trois des quatre axes de recherche de ce programme portaient sur l’environnement :

  1. la détection d’effets à long terme non prévus des OGM sur l’environnement;
  2. les risques encourus par l’écosystème du sol lors de l’utilisation de cultures GM;
  3. les effets potentiels des cultures GM sur les organismes non-cibles. Les résultats des projets de recherche, publiés en 200911, démontrent qu’il n’y a pas de différence dans les impacts environnementaux entre la culture des plantes GM et des plantes non-GM.

Les plantes GM ne sont pas nuisibles pour la santé humaine, ni pour l’environnement. C’est la conclusion du rapport final « Utilité et risques de la dissémination des plantes génétiquement modifiées » du Programme national de recherche PNR59, réalisé par le Fonds national suisse (FNS) et publié le 28 août 201212 13 14. Ce rapport met en lumière les résultats de 30 projets de recherches menés entre 2007 et 2011 et de l’analyse de milliers d’articles scientifiques internationaux. Les effets indésirables identifiés sur les sites où les OGM ont été cultivés sont issus de mauvaises pratiques agricoles plutôt qu’une conséquence du génie génétique. Les études démontrent que les scientifiques n’ont pas à évaluer le procédé d’obtention d’une nouvelle variété végétale, mais les nouvelles propriétés de cette variété. Les plantes GM doivent donc être comparées aux plantes conventionnelles en matière de répercussions écologiques, économiques et sociales.