Contexte social

Les crises successives vécues dans le domaine de l’alimentation ont eu pour effet d’ébranler la confiance de la population. Ne sachant plus qui croire ni où obtenir de l’information, les consommateurs, soucieux d’une bonne santé et d’une saine alimentation, expriment leur méfiance envers la nouveauté et surtout face à l’inconnu. Il n’est donc pas étonnant de constater que les organismes génétiquement modifiés (OGM) soient devenus un objet de préoccupations pour un grand nombre.

L’arrivée massive des nouvelles technologies dans le domaine bioalimentaire a semé le doute et soulevé des interrogations au sein de notre société. Le contenu de leur assiette est devenu l’une de leurs principales préoccupations. Les aliments consommés au quotidien contiennent-ils vraiment des OGM? Qu’est-ce qu’un OGM? Quels sont les risques associés à leur consommation?

Qu’il s’agisse des aspects santé et environnementaux ou de l’étiquetage, de la traçabilité des aliments ou de la sécurité alimentaire, il est important d’informer les consommateurs sur la question des OGM.

Un sondage réalisé par l'Université d'Alberta1 auprès des Canadiens démontre qu'ils sont concernés par l'utilisation des OGM dans l'alimentation des animaux destinés à la production de viande. Environ 50 % des consommateurs sondés ont mentionné être très préoccupés par le sujet. Une variation démographique entre les provinces a été observée par les auteurs de l'étude. Les résidents des provinces de Québec et de la Colombie-Britannique sondés semblaient être davantage concernés que les Canadiens des autres provinces.

Des producteurs agricoles du Québec se prononcent sur les OGM

Au printemps 2003, une équipe de scientifiques de l’Université Laval, à Québec, a entrepris de connaître l’opinion des producteurs agricoles du Québec sur divers aspects socioéconomiques associés à la culture des OGM2. Leur outil : un questionnaire envoyé par la poste. Quelque 412 producteurs de grandes cultures du Québec ont répondu au sondageNote 1.

Entre autres opinions, les participants au sondage pensent que le public est mal informé sur les OGM. La plupart d’entre eux soulignent que les cultures GM favorisent des pratiques culturales plus respectueuses de l’environnement : diminution de l’usage des pesticides, meilleur contrôle des mauvaises herbes. Par ailleurs, certains producteurs sondés s’inquiètent de l’émergence de mauvaises herbes résistantes aux herbicides dans des champs d’OGM, de l’effet toxique des plantes GM sur des insectes non nuisibles et de l’impact des aliments GM sur la santé humaine.

Évolution des perceptions des agriculteurs après 10 ans d’utilisation

Une équipe de chercheurs de l’Université Laval publiait en 2014 les résultats d’une étude portant sur la perception des agriculteurs québécois sur les OGM7. L’étude visait à analyser l’évolution des perceptions après 10 ans d’utilisation suivant l’étude de 2003.

Aux fins du projet, 516 producteurs québécois de grandes cultures (maïs, soja et canola) ont répondu à un questionnaire qui leur a été envoyé par la poste.

Le rapport est divisé en 10 sections et aborde les thèmes suivants :

  • Les aliments GM;
  • Le contrôle de l’agriculture québécoise;
  • Les cultures GM et l’agriculture biologique;
  • Les cultures GM et l’environnement;
  • Le choix des cultures à ensemencer;
  • La rotation de cultures;
  • Les pratiques de fertilisations des champs;
  • Les pratiques de gestion des ravageurs;
  • Les zones de refuge pour le maïs Bt;
  • Les enjeux financiers et de ségrégation des cultures GM.

Dans les faits saillants de l’étude, les auteurs soulignent que :

  • Plus de la moitié des producteurs de cultures GM disaient avoir appliqué davantage de bonnes pratiques de conservation du sol depuis qu’ils utilisent ces cultures GM.
  • La tolérance de la présence des insectes nuisibles dans les champs a augmenté très significativement entre les sondages de 2003 et de 2012.
  • Les semences GM ont significativement réduit le nombre et la quantité d’applications d’insecticides selon presque 50 % des utilisateurs des cultures GM.
  • Avec l’utilisation des OGM le nombre et la quantité d’applications d’herbicides a également diminué selon 60 % d’entre eux.
  • Parmi les producteurs de cultures GM sondés en 2012, plus de 70 % avouent qu’ils ont diminué les heures de travail aux champs depuis qu’ils sèment des cultures GM.

Cependant, les auteurs ont aussi noté que :

  • Les producteurs sont beaucoup moins susceptibles à dire que les cultures GM nuisent au développement de l’agriculture biologique et sont beaucoup plus propices à dire qu’il est acceptable de semer une culture GM près d’une culture biologique.
  • La moitié des producteurs interrogés en 2003 et en 2012 croyaient que les cultures GM facilitent la rotation des cultures. Cependant, presque 50 % des producteurs de maïs GM et de soja GM sondés en 2011 ont avoué qu’ils avaient, entre 2010 et 2011, ressemé sur la même terre des cultures GM.
  • Parmi les producteurs qui avait déjà semé le maïs Bt avant 2012, environ 40 % déclarent qu’ils ne sont pas convaincus que les lieux de refuges pour les pyrales sont importants et presque 60 % avouent qu’ils n’aiment pas l’exigence de changer de semences en cours de travail pour ensemencer les refuges de maïs non-Bt.

Le rapport détaillé est disponible en ligne.

Audiences publiques de la CAAAQ

En 2007, la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois (CAAAQ) a tenu des audiences nationales et régionales. La CAAAQ avait pour mandat entre autres :

  • de faire un état de la situation des enjeux et défis de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois;
  • d’établir un diagnostic et de formuler des recommandations sur les adaptations à faire.

L’enjeu de l’utilisation des OGM en agriculture a été inclus dans les débats.

Dans son rapport final déposé en février 20083, la CAAAQ propose deux recommandations spécifiques sur les OGM (#39 et 40) :

  • La recommandation (# 39) : que le gouvernement du Québec exerce un leadership auprès des gouvernements fédéraux et provinciaux afin que les mesures suivantes soient adoptées à l’égard des OGM :
    1. affectation de fonds à la recherche sur les effets des OGM sur l’environnement et la santé;
    2. renforcement du processus d’homologation des produits contenant des OGM;
    3. mise en place d’un cadre pour le suivi et la recherche sur les effets à long terme des OGM homologués;
    4. s’assurer d’une disponibilité de semences de cultures non génétiquement modifiées;
    5. mise en place de dispositifs d’analyse et de traçabilité des OGM.
  • La recommandation (# 40) : que le gouvernement du Québec :
    1. crée un comité multidisciplinaire, relevant du Conseil de la science et de la technologieNote 2, chargé de conseiller le gouvernement et d’informer la population sur les enjeux scientifiques, économiques, sociaux, environnementaux, éthiques et de santé associés aux organismes génétiquement modifiés;
    2. précise les paramètres qui permettraient de créer des zones sans OGM et protéger des contaminations les cultures n’utilisant pas d’OGM (ex. production biologique).

Vous pouvez consulter le rapport final de la CAAAQ à l’adresse suivante : http://www.caaaq.gouv.qc.ca/documentation/rapportfinal.fr.html3

Acceptabilité des aliments génétiquement modifiés

Des recherches ont été effectuées auprès des consommateurs pour déterminer les facteurs influençant leur acceptabilité auprès des aliments GM. Une équipe de scientifiques espagnols a considéré le domaine d’études comme un facteur pouvant influencer l’acceptabilité5. Les facteurs suivants ont également été considérés: l’attitude envers la technologie, la confiance dans les institutions, la connaissance vis-à-vis les OGM et les bienfaits et risques perçus. L’étude démontre clairement que les risques et les bienfaits perçus façonnent le comportement envers les aliments GM. Ces perceptions sont modulées différemment selon la scolarité.

Afin de vérifier leurs hypothèses, les chercheurs ont conçu un échantillon de 169 candidats espagnols ayant un diplôme universitaire. Ils les ont séparés en deux groupes selon leur domaine d’études : scientifique et technique et sciences humaines. Les auteurs ont élaboré leurs propres indicateurs et questions, où les participants exprimaient leur degré d’approbation sur une échelle de 1 à 5.

Les résultats démontrent que les risques et les bienfaits perçus par les consommateurs sont déterminants. Généralement, lorsque les risques perçus sont supérieurs aux bienfaits, le consommateur rejette le produit et vice-versa. Par contre, pour effectuer le choix d’un achat final, l’influence des risques perçus est moindre pour le groupe de scientifiques. Les participants qui ont des études axées sur la science sont généralement moins négatifs à l’endroit des aliments GM, comme relaté dans une publication scientifique antérieure6.

Les auteurs notent également que la confiance dans les institutions, dans les gouvernements et les scientifiques influence positivement les bienfaits des aliments GM perçus par les diplômés dans le groupe des sciences humaines. Étant moins familiers avec la technologie et par manque de connaissances théoriques, ils s’appuient sur la confiance envers les institutions pour faciliter leur décision. Dans ce sens, une stratégie d’information de masse crédible pourrait augmenter la confiance du public envers les produits alimentaires GM.

La connaissance personnelle sur les OGM produit des effets divergents sur les perceptions. Pour le groupe en sciences humaines, les bienfaits perçus des OGM sont augmentés significativement par une connaissance personnelle des OGM. À l’inverse, les risques perçus par les scientifiques sont augmentés lorsqu’ils ont davantage de connaissances sur le sujet. La connaissance sur le sujet des OGM produit un effet distinct sur les deux groupes de participants.

Mythes et réalités des aliments génétiquement modifiés8

Afin de satisfaire le besoin d’information des consommateurs, le site Web de Santé Canada propose une section répondant à différents mythes sur les aliments génétiquement modifiés. Les enjeux soulevés comprennent, entre autres, l’innocuité et l’étiquetage des aliments génétiquement modifiés.

Pour plus de renseignements :
Aliments génétiquement modifiés – Mythes et réalités

Contexte éthique

La question des organismes génétiquement modifiés (OGM) occupe une place importante dans les préoccupations sociales actuelles, au même titre d’ailleurs que tout ce qui touche les applications des progrès de la génétique dans son ensemble. Il s’agit d’un sujet complexe, car outre les préoccupations associées aux divers produits génétiquement modifiés, le processus qui mène à leur production, c’est-à-dire la transgénèse, soulève aussi des interrogations. En ce qui concerne les produits, il faut se demander si les OGM ont ou non des effets indésirables sur la santé et sur l’environnement. En ce qui concerne le processus de la transgénèse, lequel repose sur la manipulation du vivant et sur la transformation des modes d’agriculture et de l’alimentation, il est nécessaire d’en évaluer les répercussions sur la société et sur les individus qui la composent.

La Commission de l’éthique de la science et de la technologieNote 3 estime que la réflexion sur les OGM doit se situer dans le contexte d’un débat sur la diversité des formes d’agriculture4 et, de façon plus philosophique, s’ouvrir sur un questionnement relatif à la transgénèse afin de déterminer s’il s’agit d’un mode d’intervention sur le vivant en continuité ou en rupture avec les façons de faire antérieures.

Loin de contester a priori les bienfaits possibles des progrès de la science et de la technologie, l’éthique s’interroge cependant sur la nature de ces progrès et veille à ce que les applications qui en résultent ne soient pas porteuses de conséquences négatives sur le devenir de la société et des personnes qui la composent. Elle tend à déterminer quelles sont les valeurs qui peuvent être mises à mal par certaines orientations que peut amener le progrès technoscientifique et à quelles conditions ces orientations peuvent être maintenues ou encouragées. L’éthique n’a pas toujours de solutions aux questions qu’elle soulève, mais elle considère important que la population et les décideurs prennent conscience de ces questions et que se tiennent les débats de société nécessaires à la pertinence des choix qui seront faits dans l’immédiat et pour les générations futures. C’est dans cette optique qu’a été produit l’avis de la Commission de l’éthique en science et en technologie intitulé Pour une gestion éthique des OGM, rendu public en décembre 2003.